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1830—1847 · Origines
Un enfant de Saint-Thomas, entre plusieurs mondes
Jacob Abraham Camille Pissarro naît le 10 juillet 1830 à Charlotte-Amalie, sur l’île de Saint-Thomas. L’île appartient alors aux Antilles danoises et son port relie les routes commerciales de la Caraïbe, de l’Europe et des Amériques. Son père, Frédéric Abraham Gabriel Pissarro, est négociant. Sa mère, Rachel Manzano-Pomié, appartient elle aussi à la petite communauté juive de l’île. Par sa famille se croisent des racines séfarades, portugaises, françaises et antillaises : cette identité composite restera une donnée profonde de sa vie, même lorsque son œuvre semblera entièrement attachée aux campagnes françaises.
Saint-Thomas n’est pas seulement un décor exotique. Le jeune Camille y observe un monde très concret : quais, entrepôts, navires, collines abruptes, végétation tropicale, travailleurs du port, marchandes et domestiques. La société coloniale est hiérarchisée et marquée par l’histoire récente de l’esclavage, aboli dans les possessions danoises en 1848. Bien plus tard, ses paysages français accorderont eux aussi une place essentielle aux gestes du travail et aux figures ordinaires, sans les réduire à des accessoires pittoresques.
Vers l’âge de douze ans, ses parents l’envoient étudier en France, dans une pension de Passy. Il y apprend le français et développe son goût du dessin. Lorsqu’il revient à Saint-Thomas en 1847, sa famille espère le voir rejoindre le commerce paternel. Il remplit ses obligations au magasin, mais dessine dès qu’il le peut. La tension entre la carrière prévue pour lui et le désir de devenir artiste est désormais installée.