CPSur les pas de
Camille Pissarro
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04.01.1883 · date incertaine

Apprendre l’anglais et ne pas oublier de dessiner

Camille Pissarro exprime à son fils Lucien le soulagement de toute la famille après avoir reçu son télégramme, sa lettre puis sa carte postale annonçant son arrivée. Il l’encourage à donner régulièrement de ses nouvelles et à profiter de son séjour pour apprendre l’anglais, promettant de l’aider malgré ses propres difficultés. Les descriptions du voyage de Lucien réveillent chez Pissarro le souvenir de maisons multicolores et de paysages qu’il aurait aimé peindre. Il imagine le rêve d’un artiste pouvant interrompre continuellement son voyage pour travailler devant chaque beau motif. Après avoir donné des nouvelles de la famille et évoqué ses tableaux inachevés, il termine par un conseil essentiel adressé à son fils : « N’oublie pas de dessiner. »

Expéditeur
Camille Pissarro
Destinataire
Lucien Pissarro
Lieu d’envoi
Osny, près de Pontoise
Langue originale
Français
Apprendre l’anglais et ne pas oublier de dessiner

Texte de la lettre

Transcription

Osny près Pontoise, [janvier 1883]

Mon cher Lucien,

Nous avons reçu d’abord le télégramme, le lendemain ta lettre, et à la deuxième levée ta carte postale. Inutile de te dire avec quelle impatience nous attendions un mot de toi, nous annonçant ton arrivée. Nous sommes très heureux d’apprendre que tout s’est passé très bien. J’espère que tu continueras à nous donner régulièrement de tes nouvelles. Tâche de bien te pénétrer de l’idée que c’est une bonne occasion d’apprendre l’anglais ; de mon côté je ferai tout mon possible, malgré les difficultés, pour t’aider à accomplir cette tâche.

Les détails que tu me donnes dans ta lettre m’ont beaucoup intéressé, quoique je connusse déjà cet itinéraire pour l’avoir fait dans le temps. Je me rappelle parfaitement ces maisons multicolores et le désir que j’avais d’interrompre mon voyage pour en faire quelques études curieuses. Mais s’il fallait s’arrêter à toutes les jolies villes, villages, à tous les beaux motifs, le voyage serait long ; c’est égal, ce serait un rêve pour un peintre de s’arrêter et de reprendre sa route et de continuer et de s’arrêter toujours.

Nous sommes tous bien, les enfants toujours de même, ta mère très affairée et moi continuant mon bonhomme de chemin, entouré de mes tableaux inachevés, de mes croquis, cherchant l’oiseau rare au plumage resplendissant de toutes les belles couleurs de l’arc-en-ciel, au chant harmonieux et pur ; la perfection, comme dirait Degas, quoi !! — N’oublie pas de dessiner.

Contexte

Note éditoriale

Cette version est établie d’après l’édition de John Rewald, publiée avec l’assistance de Lucien Pissarro en 1950. Cette édition constitue une sélection éditoriale : certaines formules, phrases, parties de lettres ou lettres entières ont pu être supprimées, et des passages provenant de lettres différentes ont parfois été rapprochés. Le texte présenté ne doit donc pas être considéré comme une transcription diplomatique complète du manuscrit original.